Chants de solitude / Vahan Mardirossian, Trio Karenine

Le jeudi 31 mars 2022
  • À 20:00
Mons, Arsonic

À propos de cet événement

Philippe Hersant est sans nul doute un des compositeurs français le plus joué et fêté. Sa Fantaisie sur le nom de Sacher avait pour enjeu de départ l’écriture d’une série de pièces aussi différentes que possible, à partir d’un matériau restreint consistant en un motif de six notes, qui correspondent aux lettres du nom de Sacher, qui fut un chef d’orchestre et grand mécène. Unies par l’omniprésence de ces six notes, les huit Fantaisies offrent de forts contrastes de caractère et de style. Autre œuvre d’Hersant, le Chant de l’isolé emprunte son titre au poème de l’autrichien Georg Trakl. Il lui a inspiré de nombreuses œuvres vocales, mais ici les mots de Trakl ne sont pas chantés. Leur « couleur » mélancolique et crépusculaire imprègne l’œuvre entière. Ce poème décrit l’isolement intérieur du poète, un homme hanté par le pressentiment de la guerre imminente. Trakl est mort en 1914 quelques mois plus tard, sur le front, au début des hostilités.

Deux raretés viendront se lover entre ces œuvres et y dialoguer. Lyriques, délicates et empreintes de toute la solitude des paysages du Grand Nord, Le portrait de la comtesse et  La trace de ski solitaire, sont à l’origine des mélodrames mais se jouent aussi souvent sans le texte. C’est tout Sibélius qui se retrouve dans ces courtes pages qui sont de réels diamants.

Depuis le rivage, création de Benoît Menut, l’un des compositeurs français le plus en vue de sa génération, répond au même format que la pièce concertante d’Hersant, et les jeux de réponse entre les solistes et l’orchestre, associés aux timbres aux lignes mélodiques se veulent, comme souvent chez le compositeur, la traduction en sons de l’esprit d’un poème, ici celui, éponyme, du finlandais Pentti Holappa : Semant ses bienfaits un nuage vole puis un aigle, messager. Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ, quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.
Et la mort du nuage et la fin de l’aigle et le dernier cri sont une suffisante genèse.
Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage, et les lumières de l’Ouest ne recouvrent pas l’homme qui regarde. Seul jusqu’au destin du rivage résonne le chant de ceux qui s’en vont : Adieu, étranger aux visages enfouis.

En guise d’au revoir, enfin, la célèbre Valse Triste de Sibélius vient nous happer, nous ramener aux souvenirs enfouis, aux paysages glacés par le temps.

Benoît Menut
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Vahan Mardirossian, direction
Trio Karenine – Fanny Robilliard, violon ; Louis Rodde, violoncelle ; Paloma Kouider, piano

Photo Trio Karenine © Pilvax Studio

Programme :

  • Philippe Hersant : Fantaisie sur le nom de Paul Sacher, pour orchestre à cordes
  • Jean Sibelius : Grevinanns Konterfej  – Le portrait de la comtesse, pour cordes,  JS 88
  • Philippe Hersant : Chant de l’isolé, pour trois solistes (violon, violoncelle et piano), orchestre à cordes et percussion
  • Jean Sibelius : Ett ensamt skidspar  – La trace de ski solitaire, pour cordes, JS 77b 
  • Benoit Menut : Depuis le rivage, CREATION, pour violon, violoncelle, piano, orchestre à cordes et percussion
  • Jean Sibelius : Valse triste, op.44, n°1, pour cordes

 

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